DELPHINE

Delphine 49 ans

Delphine Chenu, de l’Intime à l’Infini

Delphine Chenu est photographe. Elle est aussi chef d’entreprise, femme. Et, à sa façon, metteur en scène, chorégraphe.

Son travail se situe au croisement du voir et du faire. Son regard met en mouvement. Il révèle les personnalités dans la rencontre et l’abandon au moment.

Delphine Chenu n’a pas toujours été photographe.

Sa passion pour l’image est ancienne, transmise par son père. Son parcours a d’abord été une exploration du monde de la mode, du style. Un monde de paraître et de mise en scène. Ce chemin lui a été nécessaire pour maturer et inventer un premier concept, Portrait Sensible, entreprise qu’elle a créée à Roubaix en 2006.

Vitesse

Dans le droit fil de la tradition – ancienne – du portrait de famille, elle réinvente le genre à l’orée du XXIème siècle en y introduisant une vitesse inhabituelle.

D’abord la vitesse de son appareil, boosté par une lumière puissante, qui permet de décomposer le mouvement avec la plus grande définition. Dans le même geste, elle introduit sa propre vitesse via les instructions de positions, de gestes, d’attitudes, de postures par lesquelles elle bouscule ses sujets, ses clients.

Liberté

Vivre une séance de prise de vue avec Delphine Chenu est toujours une expérience surprenante, réjouissante, enthousiasmante. Parfois bouleversante.

Cette façon de faire atypique est toujours vécue positivement car minutieusement préparée avec les personnes concernées, à la fois clients et partenaires, quelquefois amis.

A partir des préoccupations de ces personnes, de ce qu’elles acceptent de révéler de leur vie, leurs liens, leur identité, Delphine Chenu organise la séance, met en scène le groupe et le met en mouvement.

Grâce à cette méthode, elle aide les « sujets » à lâcher prise, à tomber le masque, à renoncer à la dictature de l’apparence. Elle permet ainsi de libérer les personnalités, de donner à voir les vérités intérieures.

Performance

En parallèle de son travail de portraitiste pour les entreprises ou les familles, Delphine Chenu mène de nombreux travaux personnels, recherches artistiques qu’elle expose ou non. A chaque fois, elle invente des dispositifs à la fois contraignants et libérateurs.

Bustes nus dans un angle rouillé, pieds nus dans la poussière d’une friche industrielle, emmaillotés dans une chemise camisole ou encore nus dans un couloir noir troué de rayons de lumière, ses « modèles » performent, dépassent leur limites et fabriquent avec Delphine des images magnifiques et vraies.

Ces recherches nourrissent forcément le travail de la portraitiste, lui permettent d’élargir sa palette technique (travail de la lumière notamment), de renforcer sa capacité à tisser des relations entre les personnes qu’elle accueille dans son studio, dans un engagement personnel toujours plus intense.

Rassemblement

Ainsi, si la notion d’intimité est au cœur de son travail, elle est de plus en plus articulée à une mise en valeur des relations, des liens entre les personnes, du duo jusqu’au groupe de cinquante individus.

Partie de la famille, cellule de base de l’ordre social, Delphine Chenu est arrivée naturellement à photographier les entreprises, petites, moyennes ou grandes.

Elle fait partie des rares photographes à savoir gérer et mettre en scène les grands groupes, à représenter des métiers abstraits, à incarner des idées en montrant ceux qui les génèrent.

Cet ensemble de savoir faire, de savoir montrer, de savoir incarner, elle les rassemble depuis le 1er avril 2015 dans une nouvelle entreprise, P28RTRAITS.

28, comme la rencontre entre la multiplicité et la singularité, la vérité et le rayonnement.

28, comme deux fois le signe de l’infini. De l’infiniment intime à l’infiniment multiple.


Nicolas Meurin, mars 2015




Repères

22 mai 1968 – Naissance à Haubourdin.

1987 – Premier appareil photographique.

1989/91 – Études à l’Ecole des Beaux Arts de Tourcoing.

1998 – Études à MJM Graphic Design à Rennes.

2006 – Création de Portrait Sensible.

2009 – Performance « En moi même » avec plus de 100 participants.

2010 – Performance « Dans la poussière » à la Forge (Le Non Lieu).

2013 – Parution de l’agenda « Lumières d’Espoir » édité par Chœur de Femmes.

2014 – Exposition « Un autre monde » au Bureau d’Art et de Recherche (B.A.R).

2014 – Parution du livre « Le secret des entreprises centenaires » édité par Lille Place Tertiaire et le Club des entreprises centenaires Nord – Pas-de-Calais.

Mars 2015 – Publication d’un porte folio sur les femmes dans MEL, la revue de la Métropole Européenne de Lille.

Mars 2015 – Exposition « Femmes sens dessus dessous » à la Maison de la Photographie à Lille.

2 avril 2015 : création de P28RTRAITS.

 

POURQUOI  le portrait photographique ?

Bien avant de posséder le langage, un bébé a le pouvoir de regarder et d’entendre. J’ai choisi de regarder.

Je revois les mains de mes parents en gros plan, j’adorais leurs mains qui me prenaient, m’enveloppaient, me caressaient, je les trouvais belles et douces. Je ne me lassais pas de les observer. Les mains de mon père me montraient qu’il était jeune et venait d’un pays lointain (le Vietnam), celles de ma mère renvoyaient une beauté physique et une certaine élégance. Cela explique la forte présence des mains dans mon travail.

Mes yeux d’enfant agissaient comme un scanner, tout était tellement étonnant, surtout les êtres humains, dont j’avais l’impression de ne pas faire partie à l’époque. La multitude d’expressions visibles sur différents visages me fascinait.

Je voyais souvent mon père , un appareil photo entre les mains, il capturait mon image et celle de ma mère sans que nous nous en rendions compte, cela faisait partie de notre quotidien.

Dans notre appartement de Loos, aux environ des années 1970, des revues photo étaient rangées à la hauteur de mes yeux, yeux écarquillés qui se sont AUTOMATIQUEMENT remplis d’images.

Je me souviens également des rares moments où mes parents ou grands-parents projetaient des diapositives sur un écran blanc prévu à cet effet, lumière occultée, quel plaisir ! Chacun réagissait et commentait, ce furent pour moi des moments de joie intense.

Dans ma vie, la photographie est vecteur d’émotions depuis toujours.

A mes dix-huit ans, papa m’a prêté son appareil photo et le portrait s’est imposé à moi. De 26 à 35 ans, je ne photographiais plus, ma vie a défilé avec en point de mire, dans ma tête: LE PORTRAIT. Je le rêvais, je l’imaginais, je le ressentais.

A trente-six ans, en 2006, j’ai créé PORTRAIT SENSIBLE, un studio photo exclusivement dédié au portrait en noir et blanc, en mouvement. Aujourd’hui « P28RTRAITS » prend le relais et montre une pratique qui a évolué depuis près de douze ans, toujours avec la spécificité du portrait.

Faire appel à mes services, c’est considérer que le portrait photographique est bien plus qu’un support en deux dimensions. C’est un vecteur de communication puissant, unique, qui saisit la vie, qui la capture, qui témoigne d’un état, d’une atmosphère, de sentiments. La photographie n’est ni le mouvement, ni le son, elle n’appelle pas à l’agitation mais au calme, à la contemplation.

Pratiquer le portrait me permet de RENCONTRER, MOTEUR essentiel à ma vie. Les rencontres proviennent des commandes que l’on me passe et des projets personnels que j’impulse. Le rang social importe peu, quand la personne est vraiment présente, alors l’humain prend le pas sur les apparences et je suis la plus heureuse des femmes !

"Impose ta chance,
serre ton bonheur,
va vers ton risque"
RENÉ CHAR

Delphine Chenu, ré-écrit en septembre 2017

 

 

 

RENCONTRES

 

Paméla & Nayomiweb PAMELA NAYOMI-9670

 

Un jour, j’ai reçu un appel d’une jeune femme qui semblait pressée, elle avait un débit vocal rapide. Dans un flot continu, plusieurs informations me parvinrent: elle était enceinte, danseuse professionnelle et elle avait une petite fille de deux ans et demi, hémiplégique. Elle souhaitait faire une séance photo et m’a demandé si le contexte qu’elle m’exposait, m’intéressait.

« OUI !  » bien sûr, cette configuration familiale m’interpellait et m’inspirait…

Nous avons pris rdv. Je me demandais comment se déplacerait la petite fille Nayomi, si elle était portée par sa maman, si elle était en fauteuil roulant, si elle s’appuyait sur une mini béquille etc… Le jour J, je suis descendue aider la jeune femme à transporter ses affaires, je ne voyais aucun enfant handicapé, juste une petite fille joyeuse qui marchait, trottinait comme tout enfant de cet âge, je n’osais rien demander sur le coup et observais ces nouvelles personnes qui se présentaient à moi.

Une fois arrivée à l’escalier qui menait à mon studio, la petite considéra la première marche en sourcillant et là, j’entendis sa maman lui dire: « Monte Nayomi, MONTE » et à chaque marche gravie ou sur-montée, la même phrase en boucle, dite fermement et avec beaucoup d’amour. J’étais submergée, mes yeux se sont remplis de larmes, je venais de comprendre: grâce à l’amour de sa mère, sa ténacité et la pratique de la danse au quotidien, Nayomi réussissait à marcher. J’ai su que je vivrais, pendant la séance photo, un grand moment de partage et d’amour.

Je n’oublierai jamais Nayomi au bas des escaliers.

 

 

 

 

Dans la poussière
Dans la poussière Par Delphine Chenu-1446

 

« En ce temps-là la Forge Cavrois n’était pas dans l’état de propreté d’aujourd’hui : la forge était encore dans son jus !!!!!  Pour faire cette photo Delphine nous a demandé de nous allonger par terre, la tête et surtout le nez, dans 10 cm de poussière de résidu de limaille, de mâchefer et de cendres !!!!! oups !  Mais délicatement elle nous a quand même tendu un demi mouchoir en papier pour chacune !!!!! »

Témoignage de Marie-Christine Sergent



       Fatah
homme agé, buriné

 

J’ai rencontré Fatah dans un café en face de mon atelier, il en était le patron. J’ai mis des mois avant de lui proposer de le photographier. Algérien de naissance, il a atterri en France sans un sou, fuir la guerre n’est pas une simple affaire. En France, il a souffert de la faim au point, parfois, de s’évanouir. Quand un bon pèlerin l’invitait à sa table, il effrayait son hôte car il dévorait le poulet qu’on lui présentait, la carcasse  y compris, sans sommation !

Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi jeune et vivant ! Quand je dialoguais avec Fatah, nous redevenions ensemble des enfants, j’aurais pu le photographier mille fois sans me lasser, tellement ses mains et son visage étaient comme de merveilleux paysages ancestraux, je l’appelais « ma muse », cela nous faisait rire …

Tout en lui respire LA VIE !

 

 

 

 

 

Un bébé
Présence Intime par Delphine Chenu

 

Quand j’ai lancé mon appel pour trouver des modèles voulant bien poser, buste nu avec un jean comme unique vêtement, devant un angle en métal rouillé, accompagnés d’une personne qu’ils aiment particulièrement, je n’avais pas imaginé la présence de bébés, peut-être à cause de la rugosité de la matière dont ils seraient cernés.

Dans cet angle particulier, ça s’imposait systématiquement à moi, de demander aux personnes de FERMER LES YEUX… Bien sûr, les bébés ne se pliaient pas à la demande, au contraire, ils me scrutaient, certains se contorsionnaient pour mieux me voir, et tous me regardaient intensément.

J’étais l’arroseur arrosé, le voyeur regardé. Cette image illustre parfaitement ma petite histoire. Le regard écarquillé de l’enfant donne une force à l’image car en contrepoint, le père tient son bébé fermement mais sereinement, comme plongé dans un profond sommeil.

J’aime la photographie pour ces moments magiques non programmés.

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