DELPHINE CHENU, PHOTOGRAPHE DE L’ÂME

De la photographie, sa passion de toujours, Delphine Chenu a fait son métier. Au cœur d’une vie créative, la création d’entreprise relevait de l’évidence. A la tête de « 28 portraits », son studio spécialisé dans le portrait noir et blanc, c’est rien moins que l’âme humaine, qu’elle capture sur le vif de l’instant. Le temps d’une rencontre, elle nous dévoile la sienne. Un peu.

 

C’est une connaissance commune qui nous met en contact, avec la juste intuition, que nous aurons des choses à nous dire.

Un goût partagé pour l’humain, les rencontres et la vie dans toutes ses dimensions, voilà en effet une bonne entrée en matière.

Je la rencontre au cœur de Lille en une belle fin d’après-midi ensoleillée. Une table en terrasse nous tend les bras, nous nous y installons. Côte à côte, plutôt que face à face ; une configuration qui a ma préférence, non seulement parce qu’elle permet à chacune de profiter du soleil trop rare dans le ciel du Nord, mais aussi et surtout parce qu’elle instaure immédiatement une proximité, qui invite à la confidence.
Delphine semble partager mon point de vue, nous en sourions, cette connivence donne le ton à ce qui suivra… Deux heures d’une conversation animée et pleine de savoureuses digressions, autour d’un verre de vin blanc frais tout aussi délicieux.

Je suis curieuse de connaître son parcours de femme et d’artiste, deux itinéraires étroitement mêlés qui l’ont amenée à créer, il y a 10 ans, « Portrait sensible », son entreprise devenue en 2015 « 28 Portraits ».

En toute simplicité et avec humour, elle me raconte.

Son entrée tardive dans la vie professionnelle, « parce qu’il fallait bien travailler ».

A 26 ans, après avoir exploré sa créativité et s’être adonnée librement à ce qui la faisait vibrer, elle est confrontée à la nécessité de « trouver un job ». A l’issue d’une formation, elle débute une carrière de modéliste, dans le Sentier à Paris. Si elle ne rencontre aucune difficulté à trouver un emploi, son intégration dans le milieu professionnel est moins simple. Elle ne se sent pas à sa place dans cet univers hiérarchisé et contraignant, qui bride sa créativité et la déconcerte, souvent.

En toile de fond déjà, la photographie, sa passion de toujours, l’appelle.
Elle ignore encore qu’il lui serait possible d’en vivre, ne parvient pas à l’envisager autrement que comme un loisir. Le déclic viendra 10 ans plus tard.

Entretemps, une incursion dans la formation pour adultes, lui apporte une certaine satisfaction. Transmettre son expérience à des personnes qui en ont besoin, mesurer les effets concrets de son travail, lui donne le sentiment d’être utile.

Puis, elle se tourne vers l’intérim. A travers les missions ponctuelles qui s’enchaînent, c’est la reconquête d’une certaine forme de liberté : le séjour au sein de l’entreprise étant de courte durée, nul besoin de s’intégrer à une équipe, elle prend ses distances avec le monde professionnel « classique ».

Être utile aux autres, cultiver la liberté…
L’aventure entrepreneuriale n’est plus très loin.

A mi-chemin de la trentaine, l’impulsion du changement se fait sentir. Envie d’un nouveau souffle, d’un retour à soi et à l’essentiel.

Sur l’étagère d’une librairie, un livre lui fait de l’œil. Elle y découvre le Feng Shui, qui répond à son besoin du moment : faire de la place, désencombrer, s’alléger. Se débarrasser du superflu et de ce qui a fait son temps, c’est s’ouvrir un espace, autoriser le renouveau.

Ce « ménage de printemps » est le catalyseur, le déclic qui va déclencher la création d’entreprise.

Elle se tourne vers la BGE, qui va l’accompagner dans son projet.

D’emblée, elle a une vision très claire de ce qu’elle souhaite. Son envie ? Se spécialiser dans le portrait, tombé en désuétude. « Mais ça ne se fait plus », lui dit-on… « Eh bien justement, raison de plus pour foncer », répond-elle.
L’avenir lui donnera raison.

« Portrait sensible », un studio photo exclusivement dédié au portrait en noir et blanc, naît en 2006. 

Elle s’adresse aux familles, aux entreprises, tout en se préservant du temps pour poursuivre ses recherches artistiques personnelles.

Un premier client en entraîne un autre, qui en amène d’autres, le bouche à oreilles fonctionne et l’entreprise se développe, sans recours au marketing ou autres recettes éprouvées. Ça tombe bien, Delphine y est allergique : « Ce type de démarche ne s’applique pas à ce que je fais, je ne vends pas de couche-culottes », dit-elle dans un sourire.

Son plaisir, elle le trouve ailleurs : dans le bonheur de s’épanouir au travers d’un métier choisi, un métier passion où chaque séance est une rencontre, avec sa part d’inconnu : « [quand on photographie quelqu’un], on est vraiment dans l’instant présent ».

De ces rencontres, elle parle avec émotion et une vérité qui me donnent le frisson. Une succession de moments magiques, des tranches de vie saisies au vif de l’instant. Face à l’objectif, les gens se dévoilent et souvent, se découvrent eux-mêmes.

Je l’interroge sur la notion de regard : « Comment réagissent les personnes photographiées lorsqu’elles se voient ? ». « Cela dépend beaucoup de là où elles en sont dans leur vie« , me dit-elle. De l’image qu’elles ont d’elles-mêmes, de l’acceptation qu’elles en ont, ou pas…
Photographe de l’intime, Delphine a le don de capturer l’âme de celles et ceux qui passent devant son objectif. L’expérience peut être bouleversante.

Moi qui suis sensible à l’authenticité et qui aime mettre en mots l’histoire des gens, je suis particulièrement touchée par cette démarche artistique revendiquée.

Delphine me confie qu’elle pourrait arrêter la photo, « si un jour, cela ne faisait plus sens pour moi » ; « Aujourd’hui je sens que j’ai envie d’évoluer vers autre chose, de passer à un cap supérieur que je ne peux encore définir… ».

Envie d’aller plus loin encore dans cette quête de l’immatériel et de l’impalpable. Photographier l’âme des gens.

La photographie comme un acte d’amour.

Et à travers cela, être utile, toujours.
« A vivre et à rêver », comme dit la chanson…

Le blog de Carine Dumez: http://comlavie.com

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